Demi Portion et Shurik'n ensemble

Demi Portion et Marseille : une histoire d’amour, de rap et de hip-hop à part entière

Écrit par Jérémie Léger

Publié le 30 oct. 2026

Partager cet article

…

Table des matières

Le rappeur originaire de Sète n’aurait-il pas un peu de sang bleu et blanc qui coule dans les veines ? Assurément.

Les points communs entre Marseille et Sète ne manquent pas : le soleil, la mer, l’accent chantant et sans doute plein d’autres clichés plus “bateaux” les uns que les autres. Passées ces banalités, et si je vous disais que le pont le plus authentique entre ces deux villes du sud de la France était un rappeur ? Vous l’avez ? Mais c’est bien sûr, monsieur Demi Portion. Rachid Daif de son vrai nom. 

Quelques jours seulement après la sortie de son nouvel album, On s’en souvient, en collaboration avec le producteur Mehsah, le rappeur sétois se rendait justement dans la cité phocéenne pour donner vie (ou plutôt visuel) à son morceau “Shurik’n”. Du Cours Julien au Panier en passant par la Plaine et le Vieux Port, ce clip en noir et blanc scénarisé et aux allures de carte postale de la deuxième ville de France, c’est surtout un hommage au morceau “j’lève mon verre”, l’hymne à tous ceux qui souffrent extrait du classique Où je vis, le premier album de la moitié des MC du groupe IAM. Shurik’n qui, pour le beau jeu et en signe de filiation avec Demi Portion, a signé une belle apparition face aux caméras du collectif de réalisateurs HTAG ART.

Mais au-delà de la simple ref nostalgique, cette nouvelle connexion 34/13 n’est finalement que le prolongement d’une relation passionnelle et passionnée de longue date entre l’artiste et cette ville au tempérament unique. Car quiconque connait bien la DA de Demi Portion sait que Marseille fait partie intégrante de son parcours, de son héritage hip-hop et même de son ADN, 

Demi Marseillais 

Il était une fois Demi Portion, un petit bonhomme originaire de Sète et plus précisément de l'Île de Thau, le quartier populaire de la ville héraultaise où il a grandi. Quand bien même il fera ses premières armes rapologiques à l’âge de douze ans à La Passerelle, l’un des centres culturels majeurs de son quartier, force est d’admettre qu’en 1995, le fief de Georges Brassens et de la tiéle n’a pas (encore) vraiment l’allure d’un QG pour hiphopers certifiés. À une époque où cette culture venue du Bronx new-yorkais est encore balbutiante en France, et surtout bipolarisée entre Paris et Marseille, on comprend vite pourquoi le jeune Rachid a très vite et naturellement cherché à se diriger là où les choses se passent au plus proche de chez lui.

Même si Fabe de la Scred Connexion reste son mentor historique, et qu’il s’est évidemment mangé l’effervescence du rap parisien dans les années 90 en pleine face, Demi Portion a bel et bien fait ses premiers pas dans le grand bain du hip-hop à Marseille, dans une ville qui est immédiatement apparue comme une évidence pour lui. “C’est là que ça se passait au plus proche de chez nous à l’époque”, nous confie Rachid sur le tournage de son clip.

Mais au-delà de la proximité géographique, c’est tout le mode de vie, l’âme, l’identité culturelle et musicale propre à la planète Mars qui s’impose d’emblée dans les yeux et dans le cœur du jeune MC. Et bien sûr, comme beaucoup d’autres en même temps que lui, il se prend évidemment en pleine face les premiers projets des pères fondateurs du rap local, IAM. 

Bien décidé à devenir plus qu’un simple auditeur, il n’a que 13 ans lorsqu’il participe aux ateliers d'écriture organisés par Prodige Namor à la Friche Belle de Mai, encore aujourd’hui un haut lieu de la culture hip-hop marseillaise. L’histoire est même tellement bien faite que c’est justement durant l’un de ces ateliers que Demi P a pour la première fois rencontré une autre rappeuse en devenir, une certaine Keny Arkana avec laquelle il faisait ses classes.

J’ai commencé le rap à la même époque qu’elle, je m’en souviens encore des ateliers sur Marseille, à la Friche Belle de Mai à Marseille chez Prodige NAMOR. C’est vraiment des précieux souvenirs”. (Demi Portion)
Demi Portion et Kenny Arkana

Preuve que Marseille est la ville de nombreuses premières fois pour Rachid, c’est aussi là et à peu près à la même période que le rappeur a fait ses débuts sur scène avec son tout premier groupe nommé Les Demi Portions (eh oui, tout part de là !), un crew fondé à Sète avec des collègues de son quartier quelques mois plus tôt. Un concert sauvage ? Non non, mesdames et messieurs : en première partie d’un plateau qui rassemblait Les Disciples (à qui l’on doit le morceau “Les Disciples du Mouv"  sur la cassette mixée Freestyle 2 [Volume 3: Province] de Cut Killer), Lamifa (“La Musique Inspire de la Force à nos Âmes”, un duo de rap historique de rap français formé en 1993, et surtout, la Fonky Family, qu’on ne vous fera pas l’affront de présenter. 

Pour sûr qu’avec un tel lien et de tels moments partagés d’entrée de jeu, l’histoire entre Demi P et Marseille ne pouvait et n’allait définitivement pas s’arrêter là.

Demi Portion en graffiti

Marseille dans le casque et dans les veines

Demi P ne s’en est jamais caché : le spectre de ses modèles dans le rap français a beau ratisser large, de par son background, il a toujours eu un respect et une attache toute particulière pour la scène rap marseillaise : de IAM aux Psy 4 De La Rime en passant par la FF, le 3ᵉ œil, Keny Arkana, Puissance Nord, Carré Rouge, et j’en passe et des meilleurs, il ne rate jamais une occasion de shout out tous ces grands noms issus de la cité phocéenne qui l’ont éduqué.

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que trois décennies après ses débuts au micro (d’argent), le rappeur ouvre son seizième projet, tout format confondu, par cette punchline : “Je voulais remercier le rap à ma manière, normal/J'vais commencer directement avec le groupe IAM”. Cette volonté de rendre grâce à tout le patrimoine du rap français est effectivement au cœur de la DA entière de son dernier album, On s’en souvient, un skeud de dix titres réalisé en collaboration avec son acolyte producteur de longue date, Mehsah.  

Dans la même veine, le single “Shurik’n” illustre lui aussi parfaitement cette démarche, comme pour rappeler qu’il n’y aurait pas eu de Demi Portion sans les MC aux surnoms de pharaons. “J’avais à cœur de rendre et c’est encore plus un honneur pour moi que Shurik’n ait accepté de faire une apparition dans le clip”, nous confie l’artiste après sa longue journée de tournage.

Toujours humble et donnant l’impression sincère d’avoir vécu un rêve éveillé en travaillant avec l’une de ses idoles, Rachid n’en est pourtant pas à sa première collaboration avec IAM. En 2016 déjà, il partageait le micro avec Shurik’n sur le morceau “Ça défile”, un titre qui s’est ensuite retrouvé sur Adamant-ium , le dernier album de Jo'l'indien sorti plus tard, en 2020. Mais ce n’est pas tout puisque deux ans plus tard, Demi P s’est finalement offert la collaboration de ses rêves, en réunissant avec lui les deux MC du groupe IAM (Akhenaton & Shurik’n) sur le morceau “Comme un Prince”, extrait cette fois de son propre album, Super-Héros. Un achievement inestimable que le rappeur se plait régulièrement à rappeler sur ses réseaux. 

Et cinq ans plus tard, la consécration de sa relation artistique et humaine avec IAM est arrivée à son pinacle, lorsqu’il a eu l’honneur de monter sur la scène du Stade Vélodrome aux côtés de plusieurs autres artistes pour interpréter une (demi) portion de “Demain, c’est loin”, le classique ultime du groupe marseillais et sans doute l’un, si ce n’est le meilleur morceau de rap français de tous les temps. Un nouveau rêve éveillé pour celui qui, quinze ans plus tôt, freestylait déjà sur cette instru dans son home studio. 

“Quel moment ! C’était complètement fou et magnifique”, se souvient l’intéressé à notre micro. “Dans ces moments-là, t’as beau rapper depuis plus de 30 ans et avoir déjà fait plein de dates partout dans le monde, tu redeviens un gamin, un fan”.

En témoigne ce freestyle d’il y a plus de dix ans, Rachid, en bon MC qui se respecte, a toujours mis un point d’honneur à célébrer l’héritage d’IAM. Et en épluchant sa discographie, on s’aperçoit que ses freestyles se font très souvent sur des instrus de rap marseillais, comme si Rachid cherchait symboliquement à rendre à Marseille ce que la ville lui a donné.

En kickant sur les beats de “Cherche vraiment pas à comprendre" et “Mystère et Suspens” de la Fonky Family de "Demain c'est loin" d'IAM ou encore sur “Ils ont peur de la liberté" de Keny Arkana, Demi P revendique aussi fièrement sa filiation artistique avec la planète Mars. Une parenté qui, soyons honnête, lui va si bien.

Plus récemment, le rappeur a même fait une apparition sur le morceau “Tourner” extrait de l’album Renaissance du 3ᵉ Oeil, et nous a aussi gratifiés du titre “Ça parle de”, un son qui cette fois reprend l’instru du classique “FILLES, FLICS, DESCENTES” de la FF et qui, lui aussi, a été clippé dans les rues de Marseille. Cerise sur le gâteau, Sat l’Artificier et DJ Djel de la FF, mais aussi de Boss One, moitié du groupe 3e Oeil – s'ils n’ont pas signé de couplet ou de scratchs sur le titre –, ont quand même fait le déplacement pour figurer à l’image. Et une belle brochette de Marseillais, une ! 

“Que ce soit pour tourner un clip ou donner un concert, c’est toujours spécial pour moi de venir à Marseille. Je m’y sens comme chez moi. Je m’y suis fait des amis et j’ai une vraie histoire personnelle avec cette ville. À chaque fois que je viens, je me prends une claque : les rues, les gens, l’ambiance, partout ici ça transpire le vécu et l’amour du hip-hop.” (Demi Portion)

Concernant l’évolution du rap marseillais. S’il reconnait que la jeune génération a su trouver sa propre patte au point de se faire une place de choix dans le paysage rap hexagonal, il admet aussi en toute transparence que cette nouvelle formule du rap bleu et blanc lui parle moins. Sa bonne école à lui, c’est celle des gardiens du temple. Voilà pourquoi, sans désir de dénigrer le travail des plus jeunes, il souhaite surtout continuer à suivre sa voie, sur les traces de ses grands-frères.

Nous contre eux, 

Vous vous en doutez maintenant, une fois de plus, la mention de ce classique du Rat Luciano n’a pas été faite au hasard. Certes, Demi Portion n’a peut-être pas rappé (officiellement) sur son instru, mais ce titre, qui en dit long sur la réalité et l’histoire sociale du rap marseillais, ne pouvait pas mieux coller à sa trogne.

Simplement parce que dans un monde rapologique et médiatique dominé par Paris, Marseille a dû se battre deux fois plus pour faire valoir ses talents. Il est vrai que les rappeurs marseillais ont longtemps fait figure d’outsider face à l’hégémonie de la capitale dans les années 90. Qu’à cela ne tienne, les MC de la ville, menés par IAM et leur empire du Côté Obscur ont lutté de toutes leurs forces lyriques et culturelles pour réussir à faire rayonner la Planète Mars plus loin qu’aux yeux de la Bonne Mère et bien au-delà des frontières de la cité phocéenne. 

Une si belle histoire, forcément, ça donne des ailes. Et c’est ainsi qu’à sa manière, Demi Portion s’est inspiré de ses pairs pour construire à son tour son propre empire musical en indé. Galvanisé par ces héros armés seulement de leur prose, leur style et un micro, le petit bonhomme a lui aussi choisi de sortir de son ghetto avec vue sur la mer pour partir à son tour à la conquête du monde. Et quelle run ! Puisqu’avec l’aide de son équipe d’Avengers, il s’est imposé en à peine quelques années comme le porte-étendard de référence pour toute la scène rap underground et indépendante française.

“On a créé un empire, comme le groupe IAM”.

Encore plus beau, comme IAM avant lui, il est carrément parvenu à mettre Sète sur la carte du rap français. Une ville qui, chaque été au mois d’août depuis 10 ans, en devient même la capitale incontestable grâce au Demi Festival. Bah oui, comment parler de Demi Portion sans évoquer le Demi Festival ? Inspiré par le Scred Festival parisien de ses mentors de la Scred Connexion, Demi Portion a créé et organise chaque année depuis 2016 un festival à taille humaine et à la gloire du rap français indépendant/underground, dans sa ville natale et dans la magnifique enceinte du théâtre de la Mar. Un événement devenu institution et assez largement, voire unanimement, considéré comme le meilleur festival hip-hop de France. 

Nombreux sont les artistes, de Marseille ou d’ailleurs, à s’être produits au Demi, et ce qui est sûr, c’est que tous les MC qui y sont passés en gardent des souvenirs mémorables. Durant la 10e édition, tonton Imhotep lui-même a salué le travail de Rachid, en le reconnaissant comme l’un de ses enfants les plus brillants. Rien que ça ! 

"En tant que tonton, j'ai beaucoup de neveux et Rachid fait partie des exceptionnels. Il rassemble les gens, il est fédérateur et il défend une vraie vision." (Imhotep IAM auprès de Radikal)

Son festival a même fait des émules puisqu’en 2023, DJ Djel de la FF s’est lui-même inspiré de la philosophie du Demi Festival pour donner vie au Fonky Festival de Mars, un rassemblement 100 % rap marseillais et dont Demi Portion a été nommé parrain de la première édition. La boucle est bouclée et le petit bonhomme de Sète peut définitivement être fier de servir d’exemple à ses modèles.

Mais ne soyons pas pour autant sectaires en laissant croire que Demi Portion serait uniquement un héritier du rap marseillais. Ce serait évidemment un raccourci honteux et l’affirmer serait indiscutablement faire injure à tout le reste du gratin du rap français et francophone qui l’a formé. Un patrimoine qu’il met justement un point d’honneur à shout out dans son double morceau “On n’oublie pas”. Dans ce single scindé en deux parties, l’artiste le dit lui-même : “y'a pas de classement dans ce mouvement”. Une parole sage qui nous rappelle que le mantra de Demi Portion, au-delà de toute frontière géographique, est, a toujours été, et sera toujours "vive le rap français !”


Questions fréquentes sur Demi Portion

Pourquoi Demi Portion est-il autant lié à Marseille alors qu’il vient de Sète ?

Originaire de l’Île de Thau à Sète, Rachid Daif a grandi à une époque où le rap français se jouait surtout entre Paris et Marseille. La cité phocéenne étant la scène la plus proche de chez lui, c’est là qu’il a fait ses premiers pas dans le hip-hop, au point d’en absorber le mode de vie, l’âme et l’identité culturelle. Marseille est ainsi devenue une véritable seconde maison artistique pour lui.

Quel est le lien entre Demi Portion et IAM ?

IAM fait partie des pères fondateurs qui ont éduqué Demi Portion au rap. Cette filiation s’est concrétisée au fil des années, d’abord avec le morceau Ça défile aux côtés de Shurik’n, puis avec Comme un Prince réunissant Akhenaton et Shurik’n sur son album Super-Héros. Le point d’orgue reste sa montée sur la scène du Stade Vélodrome pour interpréter une partie de Demain c’est loin, le classique absolu du groupe marseillais.

C’est quoi le Demi Festival ?

Créé par Demi Portion en 2016 dans sa ville natale de Sète, le Demi Festival est un rendez-vous à taille humaine dédié au rap français indépendant et underground, organisé chaque été au théâtre de la Mer. Inspiré du Scred Festival parisien de ses mentors de la Scred Connexion, il s’est imposé comme l’un des événements hip-hop les plus respectés de France.

De quoi parle le dernier album de Demi Portion, On s’en souvient ?

On s’en souvient est un projet de dix titres réalisé avec son producteur de longue date Mehsah. L’album est entièrement traversé par la volonté de rendre hommage au patrimoine du rap français, au point de s’ouvrir sur un remerciement direct à IAM. Son single Shurik’n, clippé dans les rues de Marseille, en est l’illustration parfaite.

Qui est Demi Portion ?

Demi Portion, de son vrai nom Rachid Daif, est un rappeur originaire de Sète considéré comme l’un des porte-étendards de la scène rap indépendante française. Actif depuis plus de trente ans, il a bâti sa carrière en indépendant, fondé le Demi Festival et cultivé une relation forte avec la scène marseillaise et ses figures historiques.

Commentaires (0)

Soyez le premier à commenter cet article.

Connectez-vous pour rejoindre la discussion.

Se connecter pour commenter
Logo HomieSeeds

Let's Grow Together

Le media français qui représente la culture urbaine authentique. Boutique en ligne et Street-Shop à Colomiers, près de Toulouse.

Contact

La boutique physique

À 5 km de Toulouse, à Colomiers, retrouvez HomieSeeds, greffé à TaverneCBD. Toute la collection HomieSeeds, street-shop et large sélection de CBD : 12 Pl des Monts Dore, 31770 Colomiers

Logo

Propulsé par Loomedia

Paiement sécurisé par Monetico VISA Mastercard